INTRODUCTION À LA BIODIVERSITÉ

Les pressions de la société et de l’activité économique humaines affectent de plus en plus l’habitat et les populations d’espèces végétales et animales. Les espèces éteintes et menacées d’extinction augmentent rapidement.[1] La disparition d’espèces n’a pas seulement pour résultat une perte dans la biodiversité, elle réduit également les fonctions du système naturel. En outre, la biodiversité fournit une sorte de plan directeur pour les produits tels que les antibiotiques, les composés chimiques et la diversité génétique. Ainsi, lorsque des espèces ont disparu, nous perdons des possibilités de recueillir des informations et de découvrir de nouveaux médicaments.

La biodiversité fournit de nombreux biens et services qui présentent des avantages directs pour l’économie et l’environnement. Une étude publiée dans la revue scientifique BioScience a évalué les avantages fournis par des services assurés par la biodiversité, tels le traitement des déchets organiques, la formation des sols, la fixation de l’azote biologique, la génétique s’appliquant au bétail, la fonction de pesticide biologique, la pollinisation des plantes, la fourniture de médicaments et de ressources génétiques. Pimentel et d’autres ont estimé la valeur des services assurés par la biodiversité à un montant dépassant 300 milliards de dollars par an, pour les États-Unis seulement.[2]

Une autre étude publiée dans la revue scientifique Nature a évalué les avantages économiques mondiaux présentés par la biodiversité en termes de biens et services. Costaza et d’autres (1997) ont estimé que les avantages économiques des écosystèmes mondiaux, ou systèmes naturels, sont au moins de 33 000 milliards de dollars par an.[3]

Dans une étude lui faisant suite, Balmford et d’autres (2002) ont identifié des cas où la valeur des biens et services d’un écosystème relativement intact peut être comparée à la valeur résultant d’une conversion des terres par les humains.[4] Tous les cas étudiés indiquaient que la perte économique en services d’écosystème était plus grande que les bénéfices procurés par une conversion des terres. L’étude reconnaît que ce n’est pas toute la conversion de terres par le passé qui a été détrimentale économiquement pour les humains, mais elle conclut qu'aujourd'hui la conversion de l’habitat encore relativement intact à des fins d’agriculture, d’aquaculture ou d’exploitation forestière n’a souvent pas de sens d’un point de vue économique. Les auteurs estimaient que la destruction d’habitats coûte à l’économie mondiale l’équivalent de 250 milliards de dollars par an. L’équipe de chercheurs a également estimé que la mise en place d’un réseau de réserves naturelles mondiales assurerait la fourniture de biens et services valant au moins 400 000 milliards de dollars par an de plus que les biens et services provenant de la conversion de leur contrepartie. Ces chiffres veulent dire que l’équation coûts-avantages est plus de 100 fois en faveur de la conservation.

Les décisions sur les politiques à suivre ainsi que les récents investissements par la ville de New York montrent bien les avantages pour l’économie et la santé procurés par les écosystèmes. Les systèmes naturels du bassin des Castskill du New York et du Delaware fournissent la plus grande partie de l’eau potable de la ville de New York. Cette eau, environ 6 milliards de litres par jour, dépend surtout de la filtration assurée par le relief de la région à laquelle s’ajoute une javellisation pour tuer les microorganismes. Du fait de la capacité offerte par ce bassin naturel permettant de minimiser la contamination bactérielle, le chargement en phosphore et la turbidité des eaux, les fournisseurs d’eau de la ville de New York ont obtenu une dispense vis-à-vis des lois américaines fédérales sur l’eau potable (SDWA) et le traitement des eaux de surface (SWTR) qui imposent une filtration des eaux de surface potables à l’usage du public.[5]

Dans les années 1990, le développement, les écoulements agricoles et les eaux usées provenant des usines de traitement menaçaient les possibilités de filtration naturelle des écosystèmes, des marais et des des plans d’eau de l’État de New York, de sorte que la ville a été obligée de construire une usine de filtration de l’eau. Cependant, afin d’éviter la facture de 6 milliards de dollars représentée par la construction d’une nouvelle installation ainsi que des coûts d’opération supplémentaires de 300 millions de dollars par an, la ville de New York a choisi de protéger ses écosystèmes vitaux pour la filtration de l’eau en investissant dans les services naturels offerts par les bassins. Le coût de l’acquisition de terrains a coûté, par comparaison, de 250 à 300 millions de dollars.[6] La ville a également mis en œuvre des mesures extensives de gestion du bassin, y compris celles de la surveillance de la qualité de l’eau, de la surveillance bactérielle et d’améliorations apportées aux usines de traitement des eaux usées.[7] En tout, le coût du programme sera de 1,5 milliard de dollars, soit beaucoup moins que les coûts d’une usine de filtration.[8]
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  1. 1 Pimentel, D., Wilson, C., McCullum, C., Huang, R., Dwen, P., Flack, J., Tran, Q., Saltman, T., et Cliff, B. 1997 «Economic and environmental benefits of biodiversity in the United States total approximately $300 billion.» BioScience. 47 : 97-106.
  2. Pimentel, D., Wilson, C., McCullum, C., Huang, R., Dwen, P., Flack, J., Tran, Q., Saltman, T., et Cliff, B. 1997 «Economic and environmental benefits of biodiversity in the United States total approximately $300 billion.» BioScience. 47 :
  3. Costanza, R., d’Arge, R., de Groot, R., Farber, S., Grasso, M., Hannon, B., Limburg, K., Naeem, S., O’Neill, R.V., Paruelo, J., Raskin, R »G », Sutton, P., et van den Belt, M. 1997. «The value of the world’s ecosystem services and natural capital.» Nature. 387 : 253-259.
  4. Balmford, A., Brunet, A., Cooper, P., Costanza, R., Farber, S., Green,
    R.E., Jenkins, M., Jefferiss, P., Jessamy, V., Madden, J., Munro, K.,
    Myers, N., Naeem, S., Paavola, J., Rayment, M., Rosendo, S.,
    Roughgarden, J., Trumper, K., et Turner, R »K » 2002. «Economic
    reasons for Conserving Wild Nature.» Science. 297 :950-953.
  5. Mertz, T.«New York City Depends on Natural Water Filtration.»
    Nature’s Services. Our Future. Our Environment. Science and
    Technology Policy Institute. RAND. Arlington (Virginie).
    (http://www.rand.org/scitech/stpi/ourfuture/NatureServices/
    sec1_watershed.html). Accès le 4 octobre 2002.
  6. Mehaffey, M., Wade, T., Nash, M., et Emonds, C. A Landscape
    Analysis of New York City’s Water Supply.
    U »S » Environmental
    Protection Agency. Office of Research and Devolpment. Las
    Vegas (Nevada).http://www.epa.gov./nerlesd1/land-sci/ny.htm .
    Accès le 2 octobre 2002.
  7. Department of Environmental Protection. New York City’s 2001
    Watershed Protection Program Summary, Assessment and
    Long-Term Plans
    . City of New York.
    http://www.nyc.gov/html/dep/html/fadplan.html . Accès le 2
    octobre 2002.
  8. Daily, G.C., et Ellison, K. 2002. The New Economy of Nature :
    The Quest to Make Conservation Profitable
    . Island Press.
    Washington (D.C.).

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